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Hommage à Rémy Chauvin

 de Jean-Michel Grandsire


Le 6 décembre dernier fut un jour triste.

Certes, il faisait froid et le ciel était gris. Mais ce qui attristait nos cœurs, ce jour-là, c’était la disparition d’un scientifique d’une rare envergure et qui n’avait pas peur de dire, haut et fort, son intérêt pour le paranormal et – horreur – sa croyance en la survie.
96 ans… Quel bel âge pour partir explorer l’au-delà quand on a eu toute sa vie la fraîcheur mentale d’un jouvenceau !
Pour l’avoir côtoyé, je peux vous dire que Rémy Chauvin était un chercheur hors normes, doué – pour le plaisir de tous – d’un esprit aiguisé et d’un sens de l’humour pour le moins décapant.
Je le vois comme si c’était hier devant un magnétophone, au cours d’une tentative (ratée) de transcommunication, en train d’appeler son ami Aimé Michel qui lui avait promis de le contacter après sa mort, au cas où…
Michel est resté muet… Chauvin sur sa faim.
Aujourd’hui, il sait et je forme le vœu que certains « médiums », qui ont la fâcheuse manie de transmettre des messages sirupeux en usurpant l’identité de célébrités notoires, ne viendront pas nous déverser des litres de sirop mystique signés « Chauvin ».
Car il avait horreur du « sirop mystique », expression bien à lui pour désigner le fatras sirupeux dont nous abreuvent les aficionados du paranormal à l’eau de rose.
Quel caractère, ce Chauvin ! Il fallait parfois même le calmer. Je me souviens, en relisant les épreuves de son dernier livre dont il m’avait confié l’édition, avoir été obligé de rectifier ses emportements sur les ultra-rationalistes qu’il qualifiait, entre autres gracieusetés et avec bon sens, de talibans.
Il riait de tout. Même de ceux qui s’agrippaient à lui pour s’inoculer une part de son génie.
Belle survie Monsieur le professeur !
Et, si survie il y a – ce qui reste à démontrer – ne vous fatiguez pas à essayer de nous joindre.
Profitez de l’au-delà au maximum en oubliant bien vite cette planète où les pisse-vinaigre prennent peu à peu le pouvoir et où ce qui reste de la parapsychologie scientifique, pour des raisons qui lui appartiennent et sur laquelle vous aviez votre petite idée, peut se demander si elle arrivera simplement à vivre un jour…
Rémy Chauvin était un scientifique reconnu internationalement. C’était aussi un homme de foi qui aimait la vie. Il en a étudié de multiples facettes au cours de sa longue carrière.
Il était aussi passionné par l’invisible, le mystère et l’hypothèse de la survie posthume.
Pour lui, il me l’a confié au cours de nos nombreux entretiens, vie et survie forment un tout que ni le morbide ni les préjugés matérialistes ne doivent scinder.
Certains vous présenteront un aspect spécifique du personnage, gommant ou éludant ce qui, idéologiquement, les dérange.
Rendre hommage à Rémy Chauvin, c’est le présenter tel qu’il était.
Dans son ultime livre, il lançait un cri d’alarme pour tenter de réveiller une parapsychologie française moribonde et à la remorque des Etats-Unis. Il voulait réveiller cette parapsychologie, autrefois appelée métapsychie, qui a fait la renommée de chercheurs courageux aujourd’hui disparus.
Voici, pour vous, les premières pages de son dernier livre.


Extrait du dernier livre de Rémy Chauvin

Le retour des magiciens

Le cri d’alarme d’un scientifique

Souvenirs de la revue Planète

Nous étions jeunes, Pauwels et moi, quand nous nous rencontrâmes. Pauwels était un écrivain déjà fort connu et il avait dirigé un grand magazine ; quant à moi, jeune chercheur, je commençais seulement à gravir les degrés assez escarpés de la hiérarchie scientifique.
Je ne saurais définir clairement la sympathie qui s’établit immédiatement entre nous. Je crois que ce fut à l’occasion d’une émission de radio à laquelle j’avais participé et où j’avais évoqué la guérison “miraculeuse” d’une amie de ma grand-mère. La pauvre femme souffrait d’un énorme fibrome et se trouvait fort proche de la mort, quand elle voulut tout à coup aller à Lourdes. « Dans l’état où elle est, répondit le médecin consulté, qu’elle aille à Lourdes ou au Pôle Nord, cela lui fera le même effet ! En tout cas, je dégage ma responsabilité quant aux chances qu’elle a d’arriver vivante à l’un ou à l’autre endroit ! »
Nous fûmes quelques-uns à connaître la suite, et ma grand-mère me fit rencontrer son amie, Mme Augault, de retour de Lourdes, complètement guérie… J’avais une dizaine d’années et je m’en trouvais vivement impressionné, comme on le pense. Elle me raconta elle-même comment elle était arrivée évanouie à Lourdes, ce qui n’avait pas empêché les infirmiers de la plonger dans la piscine, sans la tirer de son évanouissement. On décida alors de la recoucher… « Le lendemain matin, poursuivit-elle, je me réveillai curieusement bien, mais mon lit était entouré d’hommes en vêtements blancs, des médecins sans doute, qui me regardaient d’un drôle d’air… Je leur ai demandé pourquoi .
— Madame, regardez votre ventre, dirent-ils. »

Il était plat, son enflure monstrueuse avait complètement disparu, elle ne sentait plus aucune douleur.
J’avais donc cité le cas à la radio et fait part de ma stupeur, car c’est autre chose d’entendre parler d’un “miracle” et le fait d’en être quasiment témoin !
Là-dessus, la brigade rationaliste des talibans, qui veillent de près sur la vertu de la déesse Raison, entra en convulsion.
« Vous n’avez pas honte, me dirent-ils, vous qui avez une formation médicale, de dire de pareilles sottises ? Il est évident que la pauvre femme souffrait d’une rétention urinaire ; le froid de la piscine a provoqué le relâchement de la vessie. Il n’y a pas de miracle là-dessous.
Mais, leur répondis-je, on avait vérifié le fibrome par une laparotomie exploratrice (ouverture de l’abdomen). Ce n’est pas gentil du tout d’admettre que vos collègues ont confondu, après laparotomie, une rétention d’urine avec un fibrome… »
Les choses en restèrent là. Elles ne pouvaient aller plus loin, et chacun sait qu’un fanatique ne peut aisément changer d’avis. L’histoire avait amusé Pauwels et ce fut le début de nos rapports. Planète n’allait pas tarder à être fondée et je fis une connaissance plus approfondie de celui qui allait être son père. Le trait le plus apparent de Pauwels, c’était sa gentillesse et sa disponibilité… Pas plus que moi, il ne pouvait comprendre que l’on conçoive, sur l’univers mystérieux qui nous entoure, des convictions si absolues que l’on fasse passer pour un sot ou un scélérat toute personne qui oserait émettre le moindre doute sur le dogme en vigueur.
Bien que sa formation littéraire fût très différente de la mienne, il était hanté, comme moi-même, par le mystère, qui je le répète, environne de toute part nos connaissances dès qu’elles se mêlent de progresser. Il me l’a répété bien des fois : « l’univers est fantastique, il faut en quelque sorte réenchanter le monde… Peut-être même que nos pères et les pères de nos pères n’étaient pas si ignares qu’on l’a dit. Ils ont d’ailleurs laissé les traces d’un certain savoir-faire, les Pyramides par exemple. Il y a peut-être d’autres traces de civilisations perdues ou de sciences que l’on a oubliées, etc. »
Je lui prêtais une oreille complice, c’était justement la conclusion à laquelle j’étais arrivé et qui avait failli déjà m’attirer de fâcheuses histoires avec les ayatollahs dont j’ai parlé plus haut. Nous étions en effet à l’époque des “soucoupes volantes” qui divisaient le microcosme scientifique en plusieurs clans irréconciliables. Il y avait ceux qui n’y croyaient pas et qui poursuivaient avec mépris ceux qui admettaient la possibilité de phénomènes que l’on ne comprend pas, et un troisième parti, le plus nombreux sans doute, qui n’était pas très intéressé par l’étude du phénomène. Je me souviens encore d’une visite à M. Ostoya qui dirigeait alors un journal scientifique bien pensant. Il m’adjura, au nom de la science, de convenir avec lui qu’il ne pouvait y avoir sur Mars rien de vivant… Je lui répondis que la présence de petits hommes verts me paraissait en effet fort improbable mais qu’il pouvait s’y trouver, par exemple, des bactéries, qui, on le sait, résistent à tout. Je lui précisai que la présence de fossiles était tout à fait possible puisque l’eau avait existé sur Mars (il en existe encore), et que, pour un biologiste, l’eau n’est guère concevable sans la présence de vie… Nous nous quittâmes très froidement : je devinais que j’étais rejeté dans les “ténèbres extérieures”.
Mais tant pis, ma foi ! j’ai été et je suis toujours adepte de la liberté de pensée, et même, allons plus loin, de la pensée audacieuse. Nous autres, hommes de science, sommes des explorateurs, et que deviendrait un explorateur timide qui n’oserait pas avancer ?
On ne peut évoquer Pauwels sans parler de Jacques Bergier, son alter ego. C’était un personnage tout à fait extraordinaire. Il ne s’appelait pas réellement Bergier. D’origine juive, il avait dû prendre certaines précautions pendant la guerre quant à son patronyme. Il me raconta qu’il était le fils d’un rabbin de Lvow, qui, le jour de Kippour, entrait en extase et se trouvait alors soulevé d’un mètre au-dessus du sol.
— « Vous croyez ça Bergier, lui demandai-je en riant ?
— « Faut bien, me répondit-il, c’est un souvenir de famille ! »
Sacré Bergier ! Il parlait 7 ou 8 langues ; toutes, y compris le français, avec un accent étranger, assuraient ses amis. Il avait reçu une solide formation scientifique à Paris et j’ai souvent pensé, comme plusieurs amis, qu’il avait une sorte de génie, mais un génie brouillon : il aurait fallu lui attacher plusieurs ingénieurs chargés de noter ses idées pour les pousser jusqu’à l’accomplissement, ce dont il était tout à fait incapable.
Je me souviens d’un déjeuner avec Jean Cocteau qui avait voulu, paraît-il, rencontrer des hommes de science… Nous étions quatre, Cocteau, Bergier, Pauwels et moi. Bergier était particulièrement remonté ; il n’arrêta pas de raconter des histoires juives, russes, allemandes, anglaises, espagnoles et autres… Pauwels et moi nous nous tordions de rire. Seul Cocteau ne riait pas, car il avait toujours la vedette en pareilles circonstances, et Bergier l’avait complètement néantisé.
Ce qui me passionnait dans Bergier, c’est que sa connaissance de nombreuses langues, et en particulier du russe, lui donnait l’accès à des sources scientifiques que je ne connaissais pas (l’anglais était encore loin d’occuper le statut de langue scientifique universelle que nous lui avons laissé prendre sottement). Et un jour, Bergier me raconta quelque chose de bouleversant.
Nous nous rencontrions tous les mois dans un petit bistrot derrière le Palais Royal, où, disait-on, Camille Desmoulins avait tenu ses assises. Les repas n’y étaient pas fameux, mais il y avait Bergier…
Il me raconta ce jour-là l’histoire de “l’objet d’Antikythera”, un site voisin de Chypre, où l’on avait trouvé les restes d’une galère qui devait dater d’une centaine d’années avant Jésus-Christ. Parmi l’habituelle collection d’amphores, on trouva un bloc de bronze, sans doute le socle d’une statue d’un dieu, sauf que l’ingénieur Marinatos y discerna une empreinte de roues dentées ! Il consacra plusieurs années à démonter le bloc couche après couche pour s’apercevoir que c’était ni plus ni moins une sorte d’horloge astronomique, destinée, non pas seulement à mesurer du temps, mais à indiquer la position de différentes planètes et étoiles. La complexité de la machine était comparable à celle de la grande horloge de la cathédrale de Strasbourg…
La chose était trop énorme pour que j’y ajoute foi, et je plaisantai Bergier sur sa crédulité : les Grecs ne pouvaient connaître les roues dentées, il faut des machines à diviser pour les confectionner et ils n’en avaient sûrement pas !
Or, cela était parfaitement vrai : la machine d’Antikythera a été décrite plus tard dans des périodiques scientifiques américains. Aucun magazine français réputé sérieux n’aurait voulu publier une abomination pareille, vous pensez bien…
J’appris par expérience que Bergier était un personnage important, mais qu’il fallait tenir compte de ses propos avec précaution. A peu près 30 pour 100 de ce qu’il me disait (entrecoupé de fariboles et de rêveries dont il ne pouvait s’empêcher) était exact et exploitable, ce qui n’est pas si mal.
Voilà donc l’énergumène qui aida Pauwels et qui fut à la base des horreurs (disaient les rationalistes) que l’on rencontrait si généreusement dans Planète.
Le grand mérite de Pauwels fut précisément d’ouvrir des portes hermétiquement closes, non seulement par l’intermédiaire de Planète, mais encore avec son fameux livre Le Matin des magiciens, qui eut un énorme succès explicable de plusieurs façons.
D’abord ni Planète, ni Le Matin des magiciens n’ont jamais prétendu être des publications exclusivement scientifiques. Ils produisaient des textes qui parlaient volontiers de la science, ainsi que de la littérature, de l’art, éventuellement de la sociologie, etc. en prétendant faire se rencontrer dans leurs colonnes — quelle horreur — des gens de formations différentes : artistique, littéraire ou scientifique.
Bref, Planète ouvrait des fenêtres obstruées par l’intelligentsia parisienne : tout le monde n’aime pas cela et un grand nombre de vieillards et de pontifes ont alors eu peur de s’enrhumer. Il faut dire que certains articles poussaient la taquinerie un peu loin et s’appuyaient sur des données qui n’étaient pas en ciment armé.
Il est vrai aussi que le paysage dans lequel Planète s’introduisit avec effraction était des plus mornes. Il ressemblait assez d’ailleurs à celui que l’on observe aujourd’hui. Quelques talibans, généralement d’un âge certain, proféraient des directives sur ce qu’était la science et sur ce qu’elle ne devait pas être. Des sanctions immédiates, concernant leur carrière, attendaient les jeunes imprudents qui prétendaient ruer dans les brancards. Je ne fournis que très peu d’articles à Planète, mais on attira mon attention, avec des mines scandalisées, sur les collaborateurs du journal qui n’étaient pas uniquement des scientifiques, quelle horreur ! Cela me coûta assez cher en deux occasions. Tant pis.
Et puis si l’on peut justement reprocher à Planète d’avoir dépassé plus d’une fois les bornes, on oublie toujours que la partie adverse en faisait bien autant, dans le sens opposé, et depuis des temps immémoriaux. Je peux en citer quelques exemples.

S’il est normal, et beaucoup d’auteurs l’ont souligné avant moi, que les nouvelles découvertes soulèvent toujours un certain scepticisme, cela ne doit pas dégénérer, au nom de la vertu, en hostilité ouverte, surtout de la part de personnes qui, très souvent, ne connaissaient rien au problème soulevé. Restons dans le cas français, car la peur et la haine du nouveau sévissent particulièrement dans notre pays.
Je me souviens que tous ont plaisanté en France sur la dérive des continents, longtemps après que tout le reste du monde en ait admis le principe. Une autre fois, je faisais une conférence sur les travaux de von Frisch, que tout le monde connaissait, sauf en France. Je fus agressé par un professeur réputé qui me reprocha de croire aux “rêveries ridicules d’un certain von Frisch”, et qui fit piteuse figure quand il confessa ne pas savoir l’allemand, alors qu’à cette époque von Frisch ne publiait que dans cette langue.
Lorsque j’invitai les Gardner à un colloque du CNRS, ils parlèrent de leurs travaux sur l’apprentissage, non pas du langage vocal, mais du langage des signes chez les chimpanzés : personne n’y crut et l’on m’accusa d’avoir invité des fous… Les Gardner devinrent célèbres, de nombreux chercheurs planchèrent sur le même sujet aux états-Unis, mais pas un seul en France. Encore maintenant, je ne donnerais pas cher de la carrière d’un jeune chercheur assez imprudent pour suivre cette voie.
Cet ostracisme va plus loin . La recherche sur les singes supérieurs, comme le chimpanzé et le gorille, et plus récemment sur une bien curieuse espèce, le bonobo, qui paraît singulièrement douée, est si prohibée que pas un seul chercheur français, à ma connaissance, ne s’y livre, alors que c’est pratique courante en Amérique.
Que nous arrive-t-il donc ? Sommes-nous devenus “vieux” comme le prétendent certains ? La superstition rationaliste a-t-elle triomphé, au point de fermer de plus en plus, de nouvelles voies au savoir ?
C’étaient ces tabous, c’était cette barrière que Pauwels voulait renverser. Il y parvint en partie, mais je crains que le travail ne soit à recommencer.
En résumé, ce que je reproche aux “rationalistes”, c’est qu’ils sont profondément ennuyeux. Ils prétendent figer le savoir dans un pré carré soigneusement délimité. Ils découragent les explorateurs. Notre monde semble si bien connu que toutes les avenues sont balisées ; et si les vieilles philosophies de nos grands-pères forment un cadre idéal que l’on ne peut transgresser, que voulez-vous que fassent de jeunes explorateurs ? Ils ne peuvent que s’ennuyer, ou partir aux états-Unis, ce qu’ils font d’ailleurs, à mon grand regret.
Il faudrait refaire Planète et réécrire un autre Matin des magiciens.
Ce qui va suivre en est un avant-goût… Je le dédie à Pauwels, à Bergier et au Matin des magiciens.

INTRODUCTION

Les sources de cet ouvrage

Je ne suis pas historien et je n’ai pas du tout essayé de décrire l’évolution complète de la parapsychologie et de son ancêtre, la métapsychique. Bertrand Méheust s’est chargé brillamment de ce dernier point… J’ai voulu me borner à décrire l’évolution des idées relatives à ces phénomènes pendant les dix dernières années, parce que des découvertes nouvelles et importantes y sont apparues. Et surtout parce que j’avais un moyen de tirer ces phénomènes du fatras importun qui encombre souvent la périphérie de la parapsychologie.
Le tri a déjà été fait dans le Journal of Scientific Exploration qui fonctionne depuis une quinzaine d’années. A cause de nos préjugés, il serait impossible de fonder un journal comme celui-ci en France ; en tout cas aucun chercheur n’oserait y publier quoi que ce soit, parce que sa carrière future, attaquée par le clan serré des rationalistes, serait en grand danger.

Le journal en question a été fondé par la fine fleur de la science américaine, surtout des physiciens et des astronomes (les biologistes y étaient minoritaires). Par conséquent, on peut leur faire confiance : lorsqu’un sujet leur paraît important, il est toujours largement représenté dans les colonnes du journal.
J’ai donc mis en fiches les travaux publiés ces dix dernières années par cette revue, ce qui m’a causé une grande surprise.
Il semble que chez nous, l’intérêt pour les “soucoupes volantes” soit mort ; on admet qu’il n’y en a plus puisque les journaux n’en parlent pas. Il y en a en réalité tout autant, sinon plus que jadis, mais les journalistes ne s’y intéressent plus, supposant que leurs lecteurs font de même.
Or, qu’est-ce que je découvre dans les colonnes du Journal of Scientific Exploration ? Si les articles consacrés à la parapsychologie sont au nombre de 113, les UFOs — Unidentified Flying Objects — (OVNIS : Objets Volants Non Identifiés en français), occupent la seconde place avec 52 articles . Viennent ensuite une trentaine d’articles chacun consacrés à la philosophie ou la physique, 30 articles consacrés à la réincarnation les dépassent légèrement à cause de la personnalité du remarquable savant qui s’y intéresse, le professeur Stevenson.
Puis, viennent ensuite une trentaine d’articles sur les guérisseurs, dont les conclusions, on le verra, sont assez inattendues.

J’ajoute à cela l’annuaire de la Society of Scientific Exploration, dont j’ai l’honneur de faire partie, qui compte environ deux cents scientifiques, dont une bonne cinquantaine sont directeurs d’instituts de recherche importants, comme par exemple Jahn, de l’école d’ingénieurs de Princeton.

Évidemment, il y a de quoi être stupéfait quand on pense à l’effectif squelettique des chercheurs français qui travaillent sur ces sujets. Non pas que les jeunes soient indifférents, ils seraient enthousiastes au contraire… si on leur permettait de s’exprimer dans la sérénité.

Avertissement

Il est bien entendu que cet ouvrage n’est en aucune façon une histoire de la parapsychologie et cela pour une bonne raison : c’est que ce type d’ouvrage existe déjà. Des manuels généraux ont déjà été publiés à plusieurs reprises et, très récemment, certains ont même été traduits en français. Mieux que cela, Gildas Bourdais vient de rédiger un ouvrage, probablement le meilleur que j’ai jamais lu, sur les OVNIS, fruit de très longues enquêtes aux états-Unis (Ovnis, la levée progressive du secret – JMG éditions). Ajoutons l’excellent travail d’Eric Pigani sur les phénomènes psi observés par les artistes.
De plus, une énorme littérature, d’une qualité très variée — pour être poli — existe sur le sujet ; je n’ai pas voulu m’immerger dans un tel fatras ou le meilleur voisine avec le détestable.
Je me suis demandé, une fois de plus, ce que les scientifiques américains pensaient actuellement de la parapsychologie, tout au moins ceux qui en ont l’expérience personnelle par l’observation et l’expérimentation. C’est ce qui m’a décidé à mettre en fiches les dix dernières années du Journal of Scientific Exploration, puisqu’il regroupe, sur ce sujet périlleux entre tous, ce que la science américaine peut nous apprendre. La science française pourrait en parler, mais sur le plan parapsychologique, à part de très rares expériences, nous n’existons plus depuis plus d’un demi siècle…

Histoire d’un retard chronique

L’ouvrage que vous allez lire se veut être un cri d’alarme… La France a souvent des retards dans des branches essentielles du savoir . Elle a réussi, de peu, son insertion dans la biologie moléculaire. Sait-on que plusieurs biologistes français, et non des moindres, s’y opposaient ? Nous avons cette malheureuse manie, dans les sciences, de regarder les précurseurs de travers.
Pour une fois nous n’avons pas raté le coche… Il était temps ! Dans le cas contraire, je n’hésite pas à écrire que la biologie française serait morte, pour dix ans au moins, dans un domaine tout à fait essentiel. Cette faute que nous avons évitée, nous sommes en train de la commettre à propos du paranormal.

Eh quoi ! diront certains, osez-vous comparer ce qui n’est pas comparable ? D’un côté, une science bien établie qui utilise les données les plus récentes de la chimie et de la biologie et, de l’autre, un fatras à propos duquel personne n’est d’accord et qui mène souvent les gens aux confins de la folie ?
Je maintiens ce que je viens de dire ! Cette objection provient d’une ignorance crasse du sujet, entretenue par les matérialistes dont certains occupent encore le pouvoir dans les sciences. Heureusement, ils sont vieux et leur blocage se brisera vite pour des raisons biologiques. L’image des sciences dites “maudites” est exactement le contraire de ce qu’en pense l’intelligentsia qui, assez généralement, ignore tout de la science…
Il s’agit d’un rejet qui remonte aux milieu du XXème siècle. Avant cette période, l’Institut Métapsychique International travaillait sur ce qu’on appelle maintenant la parapsychologie et qu’on nommait à l’époque “métapsychique”, un terme sans doute mieux choisi. Les plus grands hommes de science du temps ne rougissaient pas de le fréquenter, comme Charles Richet, prix Nobel, découvreur de l’anaphylaxie et auteur du monumental Traité de métapsychique. Bergson avait aussi ses entrées à l’Institut, et il était cependant un philosophe à la mode.

La décadence a été brutale, je n’en connais pas tous les détails ; un facteur déterminant a certainement été une poussée scientiste et matérialiste qui s’est produite dans toute l’Europe, mais nulle part avec autant d’intensité qu’en France. Les matérialistes prirent le pouvoir . Ils ne rencontrèrent pas, à ce moment là, d’adversaires dignes d’eux et devinrent tout puissants. Ils reprochèrent aux métapsychistes de fonder leurs convictions sur des expériences remplies de fautes de méthode — au mieux — et, au pire, de fraudes. Je connus cet état d’esprit dans ma lointaine jeunesse. Le tabou était absolu. Si on soupçonnait seulement un jeune scientifique de s’intéresser aux “fausses sciences”, comme on disait, sa carrière était ruinée d’office. On ne lui faisait pas de reproches directs, ce n’est point notre façon d’agir, mais il s’apercevait avec stupeur que ses travaux strictement scientifiques étaient refusés dans les périodiques sérieux, que ses camarades avançaient en grade pendant qu’il restait sur place, que ses lettres demandant des éclaircissements restaient sans réponses… bref, que sa carrière était terminée alors qu’elle venait à peine de commencer.
Quant à moi, j’avais, je ne sais comment, attrapé le virus de la “métapsychique” dès ma prime jeunesse. Je n’ai pourtant jamais ressenti moi-même de phénomènes paranormaux et il n’y en a jamais eu dans ma famille mayennaise (la Mayenne est pourtant féconde en sorciers !). Plus tard, je fis des expériences de parapsychologie, puisque c’était le nouveau nom de la métapsychique, et je ne tardais pas à constater que, si je n’étais pas un mauvais expérimentateur, j’étais un “sujet” fort moyen, à la limite du mauvais.
Mais le virus, je l’avais bien et j’y tenais ; j’eus la bonne fortune de rencontrer quelques amis qui me prévinrent que le terrain était miné… Alors je suivis le proverbe chinois : « On peut être brouillé avec quelqu’un tout le temps, ou avec tout le monde un certain temps, mais il ne faut pas être brouillé avec tout le monde tout le temps ! » Je sus très vite que, entre les matérialistes, ou soi-disant tels, il fallait distinguer entre les enragés — autant que les talibans ou les ayatollahs d’à présent — et puis d’autres, beaucoup d’autres, dont le zèle n’était pas si fervent… Avec ceux-là, comme ce fut le cas avec l’un de mes maîtres, il était possible de s’entendre, à condition de ne pas trop parler de certaines expériences que l’on pouvait faire non officiellement et qui avaient l’insolence de réussir…
Comme je m’intéressais à la science du comportement, ou “éthologie”, je me demandais pour quelle raison la recherche parapsychologique faisait bouillir les sectaires…

L’obsession matérialiste

Qu’on me comprenne bien, je respecte toutes les opinions et parmi elles, le matérialisme, bien qu’on ne soit guère capable, actuellement, de définir le mot “matière”, pas plus, d’ailleurs, que le mot “esprit”, mais je hais le fanatisme.
Or j’ai essayé, à diverses reprises, de m’expliquer avec les tenants du clan matérialiste. J’y comptais même quelques rares amis. Mais avec les autres, cela tournait toujours mal au bout de très peu de temps.
Je me souviens d’un repas chez un journaliste scientifique très connu, un homme charmant d’ailleurs. Sa femme me demanda pour quelle raison je m’intéressais à des choses qui n’avaient rien de scientifique, alors que j’étais payé par le CNRS et que je devais donc consacrer tout mon temps à la science ; elle prononça même le mot de “malhonnêteté”. J’en fus tellement interloqué que je quittai la table à l’instant.
Mais pourquoi certains réagissent-ils ainsi ? Il semble que le matérialisme ait pris tout à coup les couleurs d’une intolérance de type religieux du même type que celle qui amena jadis les religions aux plus coupables excès. Paradoxe historique, les matérialistes semblent soupçonner maintenant les spiritualistes de vouloir introduire les mêmes méthodes dans les sciences.

Mais revenons à des sujets plus sérieux, c’est-à-dire à la question cruciale : est-il exact que les expériences de parapsychologie ne sont qu’un tissu d’absurdités ? Là, je réponds : Non, cent fois non ! Et je reproche amèrement aux matérialistes de ne pas connaître les travaux publiés dans la bibliographie ancienne et surtout moderne : elles sont toutes les deux écrasantes…

Depuis peu de temps, un savant historien, mon ami Bertrand Méheust, a décrit en deux énormes volumes — mille pages au total — l’histoire de l’ancienne métapsychique. On ne doit parler de rien tant qu’on ne les a pas lus… Nos grands-pères n’étaient pas naïfs, ils travaillaient beaucoup avec des “médiums”, mais s’en méfiaient car quelques-uns, en effet, n’hésitraient pas à truquer les expériences . Mais les scientifiques, dont plusieurs étaient eux-mêmes prestidigitateurs, arrivaient à les démasquer.
Plusieurs critiques a posteriori sont parfois bien inexactes : on reprocha à tord, par exemple, à Richet de s’être fait duper par deux gamines. Un comparse était sensé s’introduire à l’aide d’une trappe dans le plancher de la chambre des expériences afin de simuler des manifestations paraormales. Cela s’est dit et répété, mais on ignore en général qu’on alla soigneusement vérifier ladite chambre : il n’y avait pas de trappe, il n’y en avait jamais eu… Cela ne veut pas dire que les expériences de Richet étaient irréprochables, mais que ses adversaires disaient n’importe quoi.

Parlons aussi des fameuses tables tournantes : on s’en servait avec quelque intempérance pour faire “parler les morts”. La table frappait des coups avec un de ses pieds : le nombre de coups était codé et correspondait à un alphabet convenu. Rien n’est plus facile à truquer, en effet, ne serait-ce qu’en soulevant subrepticement le bord de la table. C’est d’autant plus facile à faire que les expériences se déroulaient, la plupart du temps, dans une demi obscurité… Mais on ignore sciemment, à ce propos, les travaux de Batcheldor réalisés une quarantaine d’années plus tard. Il utilisa l’électronique et ses infinies possibilités : le dessous de la table était garni par Batcheldor de capteurs qui sifflaient dès qu’un malotru s’avisait de la toucher avec la main.

Savez-vous aussi que les expériences se déroulant dans une demi obscurité étaient filmées à l’infrarouge, ce qui permettait de détecter instantanément un geste malheureux ? Enfin, la table était saupoudrée d’une poudre colorée anti-adhésive, pour éviter que des farceurs ne posent dessus une main enduite de colle. On alla ensuite jusqu’à placer les participants sur des bascules qui contrôlaient leur poids. C’est ainsi qu’on vérifia un phénomène de lévitation des plus étrange dont on possède des photographies : quand la table s’élevait d’une cinquantaine de centimètres, les mains des participants restant toujours dessus, leur poids s’accroissait du poids exact de la table etc. J’ajouterai que j’ai participé bien des fois aux expériences de “tables tournantes” et que, bien sûr, je ne crois pas du tout que ce soient les morts qui essaient de nous parler à l’aide de cet accessoire saugrenu. Mais je connaissais les participants, je les surveillais de près, et il n’est pas possible de contester la réalité des mouvements de la table, quels que soient les participants, qui ne se rencontraient du reste qu’à l’occasion de l’expérience.

Warcollier

Et puis il y eut un très grand homme dont le nom est peu connu : Warcollier… J’eus l’occasion de le rencontrer à l’Institut de Psychologie, dans une réunion au cours de laquelle les sourires sceptiques et les remarques acerbes ne lui furent pas ménagés.
Il m’aborda timidement à la fin de la réunion, pour me proposer de venir à l’Institut Métapsychique… Le jeune crétin que j’étais alors l’éconduisit sans beaucoup de formes…
Or, j’ai eu accès, plus de trente ans plus tard, à son livre que je ne connaissais que de réputation, La Télépathie. Il s’agit d’un assez gros volume dont la lecture m’intimidait un peu. J’ai mis du temps avant de me décider à le lire.
J’ai été suffoqué : toutes les expérience que Rhine et les Américains entreprirent vingt ans après Warcollier — dont ils ignoraient jusqu’au nom — se trouvaient là, avec le plus grand détail et la plus sévère méthodologie… Il faut rétablir la vérité historique : ce n’était point mon ami Rhine qui avait inventé un jeu de cartes pour tester la télépathie — on dit maintenant la “perception extra sensorielle” — mais ça ne change rien… Rhine avait d’ailleurs pris l’idée du jeu de cartes dans le livre majeur de Charles Richet, mais je savais que Warcollier l’avait mise en œuvre avant lui, dans ses moindres détails et avec plus d’ingéniosité. Il avait eu l’idée d’utiliser de “grands sujets”, comme nous disons : c’est-à-dire des personnalités particulières, dont les possibilités sont infiniment supérieures à la moyenne. Aucune des précautions à prendre avec eux, qui sont parfois névrosés et tricheurs, n’était étrangère à Warcollier. Cela n’empêcha pas un oubli massif de s’abattre sur sa mémoire et d’engloutir peu à peu l’Institut Métapsychique.
Comme c’est une habitude en France, dans le domaine de la science, nous avons perdu trente à quarante précieuses années.

Pourquoi cette ignorance est-elle grave ? Il convient de s’interroger sur cette incroyable carence.
La masse des travaux consacrés aux phénomènes prétendument “anormaux” s’accroît à peu près à la même cadence que la science dans son ensemble, c’est-à-dire très rapidement.
Je ne dirais pas que nous allons nous laisser distancer en France, car nous le sommes et depuis longtemps (et non seulement sur ce terrain-là). L’ensemble de ces phénomènes relève des pouvoirs mal connus ou complètement inconnus du cerveau… Tout le monde savant a pris en compte aujourd’hui le fait que le principal, l’énorme obstacle sur lequel buttent nos connaissances dans un domaine pourtant très important, c’est la conscience dont le cerveau est le support. C’est la "res cogitans " (la chose pensante) par rapport à la "res extensa" (la chose étendue) comme disait Descartes.
Les neurophysiologistes ont fait beaucoup de progrès, je le sais bien ; mais il reste le phénomène mystérieux entre tous parce qu’il est aussi familier que rebelle à nos moyens d’analyse : c’est en effet la conscience qui a créé la science et la physique elle-même.
Les physiciens américains s’en rendent compte. N’écrivent - ils pas que la conscience est justement le phénomène le plus important de la physique ? N’ont-ils pas fondé, un journal (Journal of consciousness studies) pour tenter de nouvelles approches de ce problème fondamental ? Je crois bien que nous sommes à la veille d’une nouvelle conception de la physique prenant au sérieux les phénomènes dits parapsychologiques, d’autant plus que, ce qui distingue la science de la philosophie, ce sont ses applications pratiques.
Nous verrons à la fin de cet ouvrage que lorsqu’on cherche de tels débouchés pour les "phénomènes psi" on en trouve (art des guérisseurs, vision à distance, détection de sites archéologiques, etc.). On n’en parlait guère il y a dix ans, mais, depuis quelques années, les mentalités évoluent.
L’efficacité américaine va nous laisser, une fois de plus, sur la touche dans un domaine qui exige peu de crédits et beaucoup d’ouverture d’esprit, dans un domaine où de nombreux jeunes scientifiques brûlent de s’engager !


 

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Le retour des magiciens

 de Rémy Chauvin |  2005

Scientifique de réputation internationale, Rémy Chauvin s’insurge dans ce livre contre une insidieuse dictature qui interdit aux scientifiques français de s’intéresser à des sujets tabous. Anticonformiste, en rupture avec une conception étriquée de la science, Rémy Chauvin dénonce l’attitude sectaire (...)

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A Propos de l'auteur

Jean-Michel Grandsire
Jean-Michel Grandsire, dit « JMG » Créateur de la revue « Parasciences » et gérant de la SARL JMG éditions. Né le 7 avril 1953, au Tréport. Autodidacte. Auteur de : – « Contacts avec l’au-delà », préface du professeur Rémy Chauvin, aux éditions du Rocher, 1995. Livre repris aux (...) Suite

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